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Lors de la celebration de la Journee des martyrs et des victimes le 7 decembre 2025, Dakar, le Premier ministre senegalais, Ousmane Sonko, a admis sans equivoque ses divergences avec le president Bassirou Diomaye Faye. Ceci fait suite plusieurs semaines de debat passionne au cours desquels s'est dessinee une dynamique pro-Sonko vs. pro-Diomaye, faisant craindre le risque d'un divorce politique entre les deux personnalites.
Quelques semaines auparavant, Sonko avait annonce sur les reseaux sociaux un rassemblement "historique" prevu le 8 septembre pour ses partisans, avec pour thme : "l'Etat, la politique et le Pastef", son parti.
Ce rassemblement mme qu'il qualifie de "tera meeting" fut la resultante des rumeurs d'une crise au sommet de l'Etat. Certains parlaient mme d'une possible demission ou revocation du Premier ministre. Ainsi, l'appel de Sonko a suscite de l'excitation, mais aussi de l'inquietude. Il a en effet laisse entendre que ce rassemblement marquerait un tournant dans la vie politique du pays.
En tant que specialistes ayant etudie [les mouvements politiques et sociaux en Afrique de l'Ouest et au Senegal], nous analysons ici les tenants et les aboutissants de cette divergence politique naissante. Une crise qui, si elle persiste, pourrait menacer la stabilite politique du pays dans un contexte economique et financier precaire.
Le rassemblement du 25 octobre a ete une veritable demonstration de force. Sonko a saisi cette occasion pour evoquer la lourde dette cachee du Senegal, tout en detaillant les consequences negatives sur l'economie. Il a aussi parle des negociations difficiles avec le Fonds monetaire international (FMI) pour resoudre la crise en insistant sur le refus d'une restructuration.
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Devant une foule enthousiaste, il a accuse l'ancien president Macky Sall et son parti, l'APR (Alliance pour la Republique), de mauvaise gestion financire.
Le Premier ministre a enfin denonce des manuvres en cours pour ecarter l'ancienne ministre de la Famille et des Solidarites, Ada Mbodj, comme coordinatrice de la coalition "Diomaye President". C'est cette coalition qui avait porte la candidature du president Faye la presidentielle de 2024. Sonko a insinue qu'on voulait la remplacer par Aminata Toure, ancienne Premire ministre de Macky Sall. Il a aussi fait allusion au fait que Mme Toure, citee dans un rapport public pour mauvaise gestion, ne dirigerait pas une coalition dominee par le Pastef.
L'euphorie du meeting s'est rapidement transformee en inquietude et indignation. Deux jours plus tard, le president Faye a signe un document. Il a limoge Ada Mbodj et a nomme unilateralement Aminata Toure la tte de la coalition, avec pour mission de la restructurer et de la consolider.
Pour de nombreux partisans de Sonko et du Pastef, cette decision du president Faye est un "acte hostile". Elle a ete percue comme un desaveu et une provocation envers le Premier ministre. Pourtant, c'est Sonko qui avait soutenu Faye comme son successeur, lui permettant d'acceder au pouvoir.
En l'espace d'une semaine, les actions contradictoires des deux hommes ont revele une crise politique plus profonde. Une crise qui menace de creer une fracture au sein du Pastef et de briser ce duo historique, nous rappelant ainsi une crise politique similaire qui avait oppose, soixante-trois ans plus tot, le president Leopold Sedar Senghor son Premier ministre, Mamadou Dia.
Depuis que ce conflit est devenu public, beaucoup parlent de "deloyaute". Ils detournent le slogan de la campagne presidentielle de 2024, "Diomaye moy Sonko" (Diomaye est Sonko, en wolof), en "Diomaye du Sonko" (Diomaye n'est pas Sonko). Cela marque une difference fondamentale entre les deux hommes.
Sonko et le president Faye partagent pourtant un programme politique "anti-systme". Ils sont pour la transparence, la justice et de nouveaux partenariats economiques gagnant-gagnant. Mais des divergences claires sont apparues sur la methode et les priorites.
Le president Faye semble privilegier le dialogue et la preservation de l'unite nationale. Il agit avec lenteur pour lancer des enqutes et des poursuites contre les dignitaires de l'ancien regime. Pourtant, il s'etait engage mener des reformes judiciaires profondes et rendre justice aux victimes du regime de Macky Sall.
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Cette lenteur dans les reformes frustre l'opinion publique. Les Senegalais voient d'anciens responsables se soustraire la justice en se refugiant l'etranger ou ne pas tre inquietes pour leurs actes.
De son cote, Sonko incarne le "projet" de changement et beneficie d'une grande popularite. Il semble amer face une justice qui stagne et qui semble marquer le pas face aux dossiers impliquant d'anciens dignitaires du regime sortant. Il veut voir un systme herite de la colonisation entirement demantele et remplace. Cela repond aux attentes de nombreux Senegalais qui reclament des comptes et des changements concrets dans la justice, l'economie et le systme politique.
Ainsi, le Premier ministre a ouvertement critique la crise d'autorite et la lenteur dans la reddition des comptes.
Beaucoup pensent que le limogeage d'Ada Mbodj par le president Faye est une affirmation de son autorite. Il s'agirait de se positionner face un Premier ministre qui reste trs populaire. Mais cette nomination d'Aminata Toure signifie aussi qu'il intgre des figures du systme qu'il promettait de demanteler.
Faye cherche-t-il prendre ses distances avec Sonko et le Pastef ? Le but serait-il de se presenter la presidentielle de 2029 sous une autre bannire politique ? Une chose est claire : le Pastef reste la formation politique dominante au Senegal. S'opposer une version renouvelee de la coalition "Diomaye President" sans le Pastef et Sonko pourrait tre une mauvaise tactique pour assurer une longevite politique.
Aujourd'hui, la coalition "Diomaye President" est clairement divisee. Une dynamique "Pro-Sonko" s'oppose une dynamique "Pro-Diomaye", ce qui aggrave la crise. Le Bureau politique du Pastef a d'ailleurs publie un communique reaffirmant sa volonte de restructurer "Diomaye President" en placant le Pastef au centre. Il refuse de reconstruire une coalition avec des dignitaires recycles de l'ancien regime ou des partis sans legitimite populaire.
Pour l'instant, des mediations sont toujours en cours. Mais les deux camps appellent chacun renforcer leurs positions, ce qui creuse davantage le fosse entre Sonko et Faye. D'ailleurs, lors de la rencontre du 7 decembre, Ousmane Sonko a appele son parti se reinventer pour mieux faire face la realite politique et aux menaces internes. Dans la foulee, il a annonce le congres de son parti prevu au mois d'avril 2026.
Aprs la fin du regime de Macky Sall (2012-2024), le Pastef avait clairement annonce son intention de rester au pouvoir pendant au moins un demi-sicle. Mais l'histoire politique montre que la cohabitation de longue duree entre des figures fortes, ayant des ambitions presidentielles, est souvent irrealiste et de courte duree. Le tandem Sonko-Faye ne fait pas exception.
Si Faye decidait de se separer du noyau dur du Pastef, sa nouvelle coalition "Diomaye President" pourrait rencontrer d'enormes difficultes. Malgre le controle du pouvoir executif, elle aurait alors du mal rivaliser avec la legitimite populaire d'Ousmane Sonko, au Senegal et dans la diaspora.
De plus, sans majorite au parlement, la coalition "Diomaye President" aurait sans doute du mal faire voter des lois et mettre en uvre des reformes importantes avant la prochaine presidentielle prevue en 2029. Lors des dernires elections legislatives, le Pastef, sous la direction de Sonko, a remporte 130 des 165 siges. Beaucoup de ces deputes ont affirme leur loyaute envers le Premier ministre.
En outre, des partisans appellent dej l'election de Sonko en 2029. Ce dernier a lui-mme rappele que sa potentielle candidature en 2029, ne souffre d'aucun obstacle legal. Ses partisans estiment que le president Faye est en train de s'eloigner du "projet". Etant donne la popularite actuelle du Pastef, l'affronter pour le reste du mandat serait trs difficile pour le president Faye. D'autant qu'il peine dej mettre en uvre des reformes politiques, sociales ou economiques significatives.
Face cette situation, les citoyens senegalais sont inquiets. Ils sont pris en etau entre une grave crise economique et financire et des annees d'instabilite politique, aprs des decennies d'efforts.
Ces previsions inquietantes pourraient tre evitees. Il faudrait pour cela de la sagesse politique et une ambition collective pour preserver l'intert public en apaisant les differends.
En definitive, le Senegal, nation jeune et democratique, n'est pas l'abri des crises politiques. Elles menacent souvent la stabilite du pays. L'election presidentielle de 2024 devait marquer la fin d'un regime et annoncer la disparition de "l'Etat neo-colonialiste".
Le president Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko incarnent l'espoir d'une grande partie du peuple pour des reformes radicales. Mais leurs divergences politiques pourraient compromettre la stabilite du pays et la mise en uvre du "projet", dans un contexte de crise de la dette trs preoccupant.



















