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Pendant l'epidemie d'Ebola de 2014 2016, Musu, une habitante de Monrovia, au Liberia, a contracte le virus Ebola, tout comme son mari, ses cinq fils et sa fille.
Quelques semaines plus tard, six membres de sa famille sont decedes. Musu et son plus jeune fils ont survecu. Depuis lors, leur vie n'est plus la mme. Son mari etait le seul soutien de famille. Desormais veuve et mre celibataire, Musu a du mal joindre les deux bouts. Comme elle le dit elle-mme :
Il n'y a personne ici pour m'aider, part Dieu. Pas de petit ami. Pas de pre. Je suis le pre, la mre, l'oncle et le frre. Dans le logement que nous louons, nous ne trouvons mme pas de quoi manger.
Musu fait partie des nombreux survivants qui se sont remis de la plus grande epidemie d'Ebola au monde. L'epidemie a commence par une flambee locale dans le village de Meliandou, en Guinee, mais s'est propagee aux pays voisins, le Liberia et la Sierra Leone.
En l'espace de trois ans, la maladie a infecte 28 600 personnes. Environ 11 000 d'entre elles sont decedees tandis que 17 000 ont survecu.
Le 9 juin 2016, l'Organisation mondiale de la sante a annonce la fin officielle de l'epidemie d'Ebola au Liberia.
Contrairement la couverture mediatique massive dont l'epidemie a fait l'objet ses debuts, les reportages sur ses consequences ont ete limites. Par consequent, trs peu de gens savent que les survivants d'Ebola ont eu du mal reprendre le cours de leur vie depuis la fin de l'epidemie.
Parmi ces survivants figurent des veuves comme Musu, des orphelins desormais sans abri et des milliers de personnes desormais aveugles ou souffrant de troubles visuels permanents.
Je suis demographe social et j'etudie les tendances en matire de sante et de population. Mon dernier ouvrage, Life After Epidemics: Ebola Survivors and the Social Dimensions of Recovery (La vie aprs les epidemies : les survivants d'Ebola et les dimensions sociales du retablissement), rend compte de bon nombre de ces experiences. partir d'entretiens menes auprs de 250 survivants d'Ebola au Liberia et en Sierra Leone, j'ai cherche comprendre pourquoi de nombreux survivants vivent dans des conditions pires qu'avant l'epidemie, et ce qui les empche de retrouver une vie normale.
Comprendre ces enjeux constitue une premire etape vers l'elaboration de solutions aux problmes auxquels sont actuellement confrontes les survivants d'Ebola. Apprendre de leurs experiences peut permettre d'eviter que ces problmes ne se reproduisent chez les survivants de futures epidemies.
Pour determiner ce qui n'a pas fonctionne, il faut d'abord comprendre la difference entre deux types de reponses aux epidemies.
La premire est la reponse medicale, qui met l'accent sur l'utilisation de la medecine clinique pour sauver des vies et soigner les patients infectes.
La seconde est la reponse sociale, qui aborde des questions telles que l'accs aux moyens de subsistance durables, le soutien aux orphelins et l'integration des survivants dans leurs communautes.
Les decideurs politiques ont accorde une plus grande priorite aux reponses medicales court terme face aux consequences de l'epidemie d'Ebola qu'aux reponses sociales long terme.
L'objectif principal de ma recherche est d'examiner comment les survivants d'Ebola ont ete affectes par cette priorite. J'ai utilise des informations issues d'entretiens et d'autres sources pour evaluer comment leur sante, leurs moyens de subsistance et leur vie familiale ont change depuis la fin de l'epidemie.
Cette recherche apporte des preuves de la manire dont le manque d'investissement dans les reponses sociales continue d'affecter negativement la vie des survivants.
Par exemple, il n'existe aucun programme leur offrant un accs complet aux soins de sante, alors que beaucoup d'entre eux sont aveugles, souffrent de troubles musculo-squelettiques, presentent des troubles neurologiques ou vivent avec d'autres effets secondaires long terme du virus.
Elle decrit egalement les experiences d'agriculteurs en mauvaise sante, qui ne peuvent plus cultiver leurs terres, et de chasseurs qui ne voient plus. Ils font partie des nombreux survivants qui exercaient auparavant une activite independante mais ont perdu leurs moyens de subsistance.
Compte tenu des investissements limites dans les mesures sociales, la stigmatisation liee Ebola persiste au sein des communautes locales. En consequence, les interactions sociales des survivants d'Ebola sont souvent marquees par la mefiance envers ceux qui les percoivent comme toujours infectes. Ces craintes ont conduit des commercants perdre des clients et ont contribue la rupture de mariages.
De nombreux survivants ne recoivent plus d'invitations des evenements sociaux tels que les mariages et les ceremonies de baptme. Dans certains cas, leurs enfants ont egalement perdu leurs camarades de jeu aprs que les voisins leur ont interdit de jouer avec les enfants des survivants d'Ebola.
Les organisations humanitaires ont joue un role majeur dans la lutte contre la propagation de la maladie pendant l'epidemie. Certaines de leurs politiques ont toutefois eu des consequences imprevues qui ont aggrave les problmes des patients ayant survecu.
Par exemple, la pratique consistant brler les effets personnels des patients infectes pour empcher la propagation du virus a aggrave les difficultes economiques de nombreux survivants.
Le processus d'incineration a entrane des pertes financires pour les survivants qui gardaient leurs economies sous leur matelas, qui ont perdu leurs outils agricoles et ont d payer pour le materiel emprunte leurs voisins qui a egalement ete detruit.
Certains des messages diffuses dans les campagnes de sante publique visant contenir la propagation du virus pendant l'epidemie ont egalement eu des consequences imprevues. Ces campagnes invitaient le public eviter de toucher les personnes infectees afin d'empcher la transmission de la maladie, car il n'existait aucun remde contre Ebola. Depuis la fin de l'epidemie, de nombreux membres des communautes locales continuent d'eviter tout contact avec les survivants. Ils se demandent comment les survivants peuvent affirmer qu'ils ne sont plus atteints d'Ebola, alors qu'on leur a dit que la maladie etait incurable.
En ecoutant les recits des survivants, il est apparu clairement que beaucoup d'entre eux se sentaient abandonnes. Les visites des responsables communautaires ont cesse. Les soins specialises qu'ils recevaient dans les hopitaux ont ete interrompus. Bon nombre des promesses des dirigeants politiques qui avaient affirme qu'ils fourniraient des ressources pour soutenir leur retablissement sont restees lettre morte. Une partie des ressources fournies par les donateurs a ete detournee par la fraude.
Pendant ce temps, les survivants d'Ebola continuent de subir les consequences des pertes irreversibles qu'ils ont subies il y a dix ans. Ces epreuves et l'indifference persistante l'egard de leur situation sociale continuent de definir leur vie.
Les decideurs politiques devront accorder une attention egale aux questions medicales et sociales lorsqu'ils feront face de futures epidemies. Cela necessitera des investissements soutenus pour ameliorer les conditions de vie des survivants, bien au-del des celebrations qui marquent la fin des epidemies.




















