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Dans les zones arides du Benin, en Afrique de l'Ouest, l'elevage subit une pression croissante. Ces vastes etendues chaudes couvrent environ 70 % de la superficie du pays. Leurs pturages clairsemes et leurs arbres disperses nourrissent environ six millions d'animaux d'elevage, soit 2,5 millions de bovins, un million de moutons et 2,4 millions de chvres qui parcourent de longues distances avec leurs bergers la recherche de nourriture et d'eau.
La saison des pluies dans les zones arides du Benin est de plus en plus courte et imprevisible. Les pturages s'asschent plus tot qu'auparavant. Les vagues de chaleur sont plus frequentes.
Lorsque les vaches mangent moins parce que les prairies sont assechees et qu'elles ne peuvent pas se rafrachir sous la chaleur, la production de lait diminue. Les maladies telles que la mammite, les maladies transmises par les tiques, la trypanosomiase (maladie du sommeil) et les infections parasitaires gastro-intestinales augmentent. Toutes ces maladies sont aggravees par l'affaiblissement du systme immunitaire et leur mauvaise condition physique.
Pour les menages qui dependent fortement de l'elevage, ces changements peuvent rapidement se traduire par une insecurite alimentaire et une perte de revenus.
Je mne des recherches sur les systmes d'elevage adaptes au climat et l'agroforesterie (culture, elevage et plantation d'arbres).
J'ai fait partie d'une equipe qui a suivi 447 vaches laitires dans 40 petites exploitations agricoles des zones arides du nord du Benin afin d'observer comment le betail se comportait face au stress climatique dans les fermes traditionnelles par rapport aux systmes agroforestiers (culture et arboriculture conjointes). Dans les systmes traditionnels, le betail etait eleve en pturage libre dans des prairies naturelles, avec trs peu d'arbres dans la zone concernee. Bien que les eleveurs completaient traditionnellement l'alimentation du betail avec des feuilles d'arbres qu'ils ramassaient pendant la saison sche, les arbres etaient generalement disperses dans le paysage et ne faisaient pas partie de la zone de pturage des animaux.
Les fermes agroforestires etaient de petites exploitations agricoles o les agriculteurs avaient volontairement integre des arbres avec les cultures et le betail pendant plusieurs annees.
Cette comparaison nous a permis d'evaluer comment les pratiques agroforestires etablies depuis longtemps influencent la sante du betail, la production de lait et la resilience face au stress climatique croissant. Dans notre recente publication, nous avons presente nos conclusions sur la facon dont les differentes methodes agricoles influencaient la quantite de lait produite par les vaches et leur succs en matire de reproduction.
Notre etude a revele que l'elevage sylvopastoral (o le betail pat sous les arbres) et les systmes agrosylvopastoraux (o les arbres, les cultures et le betail sont geres ensemble sur les mmes terres) aident les agriculteurs s'adapter aux changements climatiques. Les arbres fournissent du fourrage pour le betail, de l'ombre et des paysages plus sains lorsque l'herbe et l'eau se font rares.
Nous avons constate que les vaches elevees dans des systmes agricoles integrant les arbres produisaient jusqu' prs de trois fois plus de lait par jour que celles elevees dans des systmes conventionnels de pturage en plein air. Le taux de survie des veaux etait egalement plus eleve, ce qui laisse penser qu'une meilleure nutrition et une reduction du stress ont des effets long terme sur la productivite du troupeau.
Les decideurs politiques et les institutions financires de developpement devraient utiliser les resultats de nos recherches pour mettre en place des moyens d'encourager et de financer les petits eleveurs laitiers des zones arides afin qu'ils intgrent des arbres et des cultures dans leurs exploitations.
Les arbres ont toujours joue un role important dans les systmes d'elevage en Afrique de l'Ouest. Bien avant que l'adaptation au changement climatique ne fasse partie des programmes de financement du developpement, les agriculteurs utilisaient les arbres et arbustes indignes pour nourrir les animaux pendant la saison sche. Les feuilles, gousses et fruits d'espces telles que l'acajou africain (Khaya senegalensis), le palissandre africain (Pterocarpus erinaceus) et l'Afzelia africana (une autre espce d'acajou africain) etaient couramment consommes par le betail pendant les periodes de secheresse, lorsque les herbes disparaissaient.
Mais avec la pression foncire et l'expansion de l'agriculture, associer l'elevage aux arbres est devenu moins courant. Aujourd'hui, ce qui etait vu comme une pratique traditionnelle ou informelle est reconnu comme une reponse adaptee au changement climatique par les agriculteurs face au rechauffement climatique.
Les agriculteurs qui ont participe la recherche ont explique que les arbres et le betail sont eleves ensemble de differentes manires. Certains eleveurs dependent principalement des pturages naturels, o les animaux se nourrissent eux-mmes des arbres et des arbustes. D'autres agriculteurs ont declare avoir mis au point des systmes o ils plantent des cultures comestibles pour les humains avec des arbres et des plantes fourragres pour le betail.
Mes recherches ont montre que les microclimats plus frais sous les canopees des arbres aident rafrachir le betail. Les feuilles des arbres fournissent aux vaches les proteines et les mineraux qui manquent dans les herbes sechees. Cela empche la perte de poids et maintient le betail en bonne condition pour la reproduction.
Read more: Au Sahel, maintenir l'elevage pastoral pour s'adapter au changement climatique
La presence d'arbres dans les exploitations laitires enrichit le sol (lorsque les feuilles tombees, ou litire de feuilles, se decomposent sur le sol). Les arbres enrichissent le fumier du betail, qui fertilise les champs. Certaines espces d'arbres fournissent egalement des fruits, du bois de chauffage, du bois d'uvre ou des produits medicinaux, offrant ainsi aux menages agricoles une gamme plus diversifiee de ressources.
Les eleveurs de betail du nord du Benin sont confrontes la secheresse et des penuries alimentaires chaque saison sche, mais les familles pratiquant l'agroforesterie s'en sortent mieux. Mes recherches ont montre que les familles de petits exploitants agricoles disposaient d'une alimentation animale plus fiable, d'une production laitire plus regulire et d'une source supplementaire de nourriture et de revenus provenant des arbres pendant la saison sche que les familles qui faisaient patre leurs vaches dans les pturages. Elles etaient mieux mme de faire face aux chocs climatiques et l'incertitude economique.
L'integration des arbres et du betail contribue egalement l'attenuation du changement climatique. Les arbres stockent le carbone dans leur biomasse et dans le sol. Ce qui contribue compenser les emissions de gaz effet de serre provenant du betail.
Les agriculteurs ne decrivent pas leurs pratiques agricoles comme un moyen de reduire leur empreinte carbone, mais leurs systmes s'alignent etroitement sur les objectifs mondiaux de durabilite.
Ce qui rend ces approches particulirement precieuses, c'est qu'elles sont developpees localement et adaptees des contextes ecologiques et sociaux specifiques.
Alors que le changement climatique s'intensifie, l'experience des eleveurs des zones arides du Benin offre une lecon importante. L'adaptation ne passe pas toujours par de nouvelles technologies ou des interventions complexes. Elle passe parfois par la valorisation et le renforcement des pratiques que les agriculteurs ont perfectionnees au fil des generations, o les arbres, les animaux et les hommes coexistent dans des systmes agricoles resilients.
Malgre leur potentiel, les systmes associant arbres et elevage restent sous-estimes dans les politiques agricoles. Les strategies de developpement de l'elevage se concentrent souvent sur l'amelioration des races ou l'apport d'aliments externes, negligeant le role des paysages et des ecosystmes.
Les agriculteurs ont besoin d'un soutien specifique pour renforcer ces systmes. Ils ont besoin d'un regime foncier sr, d'un accs aux plants d'arbres et de cultures, et que les agents de vulgarisation agricole des gouvernements reconnaissent que les connaissances locales doivent tre valorisees et non remplacees.




















