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Les attaques simultanees du 25 avril 2026 contre plusieurs villes du Mali rappellent une realite persistante : malgre cinq annees de transition, la situation securitaire y demeure critique. Par leur coordination, leur extension geographique et leur capacite atteindre des centres urbains majeurs tels que Bamako, Kati, Sevare, Gao, Kidal, ces offensives marquent une nouvelle phase du conflit.
Comment, en effet, expliquer que la situation securitaire continue de se degrader malgre un renforcement militaire reel ?
En tant que chercheur, specialiste du Sahel, j'analyse depuis plusieurs annees les dynamiques securitaires en Afrique de l'Ouest et du Centre, notamment les conflits, les transformations politiques des regimes. L'evolution des conflictualites au Mali constitue un enjeu majeur de securite regionale et internationale.
Ces dernires annees, les Forces armees maliennes (FAMa) ont connu une montee en puissance notable. Le Mali se positionne aujourd'hui parmi les armees les plus structurees et les plus puissantes de la sous-region, selon le rapport 2026 du Global Firepower qui le classe deuxime armee de la sous-region, aprs le Nigeria.
La creation de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) et l'operationnalisation progressive d'une force conjointe, adossee la charte du Liptako-Gourma, temoignent egalement d'une volonte de mutualiser les capacites securitaires entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette dynamique s'est traduite par une intensification des operations militaires, une amelioration des capacites logistiques et une diversification des partenariats.
Cependant, ces evolutions ne suffisent pas enrayer la dynamique du conflit. Les attaques recentes traduisent moins une simple intensification de la violence qu'une transformation strategique. Le Groupe de soutien l'islam et aux musulmans (JNIM, proche d'al-Qaida) et le Front de liberation de l'Azawad (qui revendique l'independance du nord du Mali) ont cible des espaces hautement symboliques du pouvoir. Kidal incarne la souverainete militaire revendiquee par le regime militaire aprs sa reconqute en 2023. Kati represente le cur du pouvoir militaire malien d'o sont partis la plupart des coups d'Etat militaire dont celui d'aot 2020.
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En s'attaquant ces lieux, les assaillants contestent directement la capacite de l'Etat stabiliser durablement le territoire.
Le message est double. Militaire, d'abord : conquerir n'est pas gouverner. Politique, ensuite : une strategie de reconqute sans compromis politique peut favoriser la convergence d'acteurs aux ideologies de lutte differentes tels que les mouvements independantistes et ceux djihadistes.
Ainsi, le Mali fait face moins une insurrection qu' une reconfiguration du conflit o le politique s'exprime par les armes. Cette sequence invite depasser une lecture strictement securitaire : l'insecurite apparat avant tout comme le symptome d'un deficit de legitimite et de cohesion nationale.
Depuis les coups d'Etat de 2020 et 2021, les autorites de transition maliennes ont engage un tournant souverainiste marque par la rupture avec plusieurs partenaires internationaux et la redefinition des alliances securitaires.
Cette reorientation s'est notamment traduite par la remise en cause de l'Accord d'Alger de 2015, pourtant central dans la regulation du conflit au Nord. Malgre ses limites (lenteur de mise en uvre, defiance entre parties), cet accord constituait un cadre politique essentiel. Sa remise en cause par le regime militaire en janvier 2024 a contribue durcir les positions, notamment au sein de la rebellion touareg, et reactiver des logiques de confrontation.
Paralllement, les mecanismes locaux de gestion de la securite ont ete profondement fragilises. Dans les regions septentrionales, ces mecanismes relevaient de formes de securite hybride , combinant acteurs etatiques, communautaires et armes. L'engagement croissant de suppletifs russes dans la lutte contre les groupes terroristes a perturbe ces arrangements, accentuant la militarisation des rapports sociaux et affaiblissant les capacites d'auto-regulation locale. Cette evolution alimente les tensions intercommunautaires et delegitime une action etatique percue comme imposee plutot que negociee.
l'echelle regionale, la creation de l'AES illustre une volonte de coordination entre regimes militaires. Mais cette dynamique, essentiellement securitaire, ne traite pas les causes structurelles des conflits.
Dans le mme temps, la degradation des relations avec l'Algerie affaiblit un acteur cle de la mediation. L'implication croissante de la Russie, travers Africa Corps, repond une logique d'appui militaire sans necessairement apporter des solutions politiques durables.
Cette reconfiguration a neanmoins permis au Mali de retrouver une capacite d'initiative strategique et de reduire certaines formes de dependance vis--vis de partenaires internationaux classiques tels que la France.
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Il demeure qu'au cur de cette crise persiste une question centrale : celle de la legitimite. L'absence de mandat electoral renouvele (il n'y a pas eu d'election depuis les legislatives contestees de mars-avril 2020), la centralisation du pouvoir et la restriction des espaces politiques ne fragilisent-elles pas le contrat social ? Or, c'est precisement dans ces contextes d'Etat conteste que prosprent les groupes armes, prolongeant une insecurite que la seule reponse militaire ne peut resoudre.
D'un point de vue securitaire, ACLED (Armed Conflict Location & Event Data, une organisation qui recueille des donnees sur les conflits violents et les manifestations) classe le Mali la 27me place des 50 conflits les plus sevres au monde.
La dynamique actuelle entre le JNIM et les mouvements de l'Azawad doit tre interpretee avec prudence. Elle s'apparente plus une alliance opportuniste qu' une fusion ideologique. D'un cote, le Front de liberation de l'Azawad portent une revendication politico-territoriale centree sur le Nord du Mali. De l'autre, le JNIM s'inscrit dans un projet djihadiste transnational affilie Al-Qada, visant l'instauration d'une gouvernance islamique l'echelle regionale. Ce decalage doctrinal suggre que l'entente observee relve davantage d'une coordination circonstancielle que d'une alliance strategique durable.
Une configuration similaire est apparue en 2012 avec Ansar Dine (aujourd'hui le JNIM dirige par Iyad Ag Ghali) et le MNLA de Bilal Ag Cherif. Cette situation a conduit l'intervention de l'Operation Serval en 2013. Elle brouille la distinction entre rebellion et djihadisme, renforce la rhetorique etatique assimilant toute opposition armee au terrorisme et favorise l'ancrage local du JNIM.
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Cette recomposition intervient dans un contexte profondement transforme. La fin de l'accord d'Alger en janvier 2024 a supprime un cadre de dialogue essentiel, mme imparfait, avec les groupes du Nord. Le retrait de la force de l'ONU au Mali, la MINUSMA, fin 2023 et la sortie de le CEDEAO en 2024, reduisent les capacites de mediation.
Par ailleurs, la reconqute de Kidal par l'armee malienne en 2023, presentee comme une victoire militaire, n'a pas resolu les enjeux politiques sous-jacents, alimentant des logiques de revanche.
Dans ce contexte, l'eventuelle negociation du retrait des forces russes de Kidal par des groupes armes soulve la question de la souverainete reelle et montre les limites de l'externalisation securitaire. Les partenaires exterieurs peuvent appuyer militairement, mais ne remplacent pas un rglement politique durable du conflit.
La reconqute de Kidal, bien que strategique, n'a pas resolu les causes profondes et a parfois ravive tensions et violences intercommunautaires.
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La lutte contre le terrorisme ne peut donc tre reduite une reponse strictement militaire. Elle repose sur une capacite plus fondamentale : celle de l'Etat incarner une communaute politique reconnue, legitime et inclusive. Dans les contextes saheliens, les groupes armes terroristes ne progressent pas uniquement par leur force operationnelle, mais surtout en exploitant les failles de gouvernance, les injustices percues et les fractures sociales. Ds lors, la reponse la plus structurante ne reside pas uniquement dans la coercition, mais dans la construction d'un Etat-nation inclusif et legitime.
Les operations militaires recentes ont permis un retour partiel de la presence de l'Etat dans des localites comme Gao, Kidal et Mopti. Mais sans dialogue politique credible ni elections transparentes et inclusives, ces avancees securitaires risquent de rester fragiles et insuffisantes pour refonder le contrat social.
Par ailleurs, le renforcement de la cohesion sociale implique la reconstruction des mecanismes locaux de regulation des conflits, longtemps au cur des equilibres saheliens. Sans ces mediations, l'action de l'Etat risque d'tre percue comme imposee plutot que negociee. Les operations militaires doivent ainsi tre articulees une strategie politique coherente, sous peine de produire des effets contre-productifs.
Les conflits prolonges evoluent ds lors qu'une offre politique credible est proposee. Les dynamiques recentes au Mali illustrent un conflit qui s'adapte et prospre sur les fragilites structurelles de l'Etat. Si le regime de transition a renforce les capacites militaires et affirme une souverainete strategique, ces acquis restent insuffisants sans cadre politique inclusif.
La region ouest-africaine se trouve ainsi un tournant : persister dans une approche securitaire risque d'alimenter la violence, tandis qu'une reouverture politique, appuyee notamment par la Communaute economique des Etat de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), pourrait creer les conditions d'une stabilisation durable fondee sur une gouvernance legitime.




















